Lors de consultations, la question du sens émerge souvent. Celle-ci est essentielle quand nous touchons à la Vie. Cette Vie, avec un grand ‘V’, c’est celle que nous donnons, lors d’une naissance, mais aussi, l’orientation que nous donnons à notre vie propre : vie professionnelle, de couple, de famille, activités, choix de vie…

En soi, la question « Quel est le sens de la vie ? » survient rarement en tant que telle en consultation. Elle peut d’ailleurs sembler presqu’anachronique tant on l’associe à l’adolescence.
Qui ne s’est pas penché sur le sens de la vie à l’époque ?
Une fois adulte, nous pensons parfois avoir fait le tour de cette question plus ou moins insoluble et nous passons à autre chose. Parfois, la réponse aura été tellement forte, que la question du sens n’en sera même plus une…le sens de la vie sera devenu une évidence. Parfois, aucune réponse satisfaisante n’aura émergé, et il faudra vivre avec cette donne.

Par la suite, nous avançons dans une vie sur laquelle notre capacité d’actions et d’influence augmente progressivement, en grandissant. Nous posons des choix, d’études, de boulot, de vie de couple… Nous prenons nos vies en mains et nous nous posons alors la question, une fois devenu adulte : Quel sens donner à ma vie ?

Le nouvel enjeu, celui du sens à apporter à sa vie

Ce que j’ai remarqué, c’est que l’enjeu de cette dernière question est exacerbé par le manque de réponse satisfaisante apportée à la question première. C’est un peu comme si on se disait « Je ne sais pas quel est le sens de la vie… c’est donc à moi qu’il revient de lui en donner un ».
Comment ? Pourquoi, et pour quoi ?…deviennent les nouveaux enjeux. Bref, les difficultés, les questionnements, la sensation de manquer de repères, deviennent immenses.

L’absence de réponse satisfaisante à la question d’adolescence rend donc la suivante nettement plus aigüe :
« Quelle orientation donner à ma vie ? »,
ou plus généralement,
«  Quel est le sens des choix que je pose, des actions que j’entreprends ?»,
deviennent douloureuses.

Tous se passe comme si on substituait une question de choix personnels à une question métaphysique. Pour le dire plus simplement, lorsqu’on n’a pas de réponse à la question du divin, parfois, on tend à se substituer à lui : « Le divin n’apporte pas de réponse à mes questions de sens de la vie…c’est donc à moi qu’il revient de lui en donner ».
Attention ! Le divin est pris ici au sens le plus large…en tant que forme, quelle qu’elle soit, de force ou d’énergie créatrice. Il peut s’agir de Dieu, mais aussi, de l’espace divin infini. Personnellement, j’appelle ça la Simplicité.

En soi, la démarche de recherche de sens est logique et humaine. Pourtant, à y regarder de plus près, endosser personnellement la responsabilité du sens de la vie, cela revient à se mettre une pression gigantesque sur les épaules. Non seulement, on assume notre juste part, humaine, de responsabilité, mais en plus, on assume celle, énorme, du divin : « Si Dieu n’apporte pas de sens à ma vie, c’est à moi qu’il incombe d’en donner un ».

On est alors en quête de sens. Le questionnement se fait pressant. On jauge nos propres valeurs, celles de la société, de l’humanité…et la vie devient lourde.

S’autoriser à croire en quelque chose…

Pourtant, dans de nombreux cas, j’ai remarqué qu’on s’interdit de croire en quelque chose. Une partie de soi désire croire à quelque chose, alors qu’une autre s’en remet à la logique, au cartésien.
Personnellement, je ne prône aucune croyance, tant que le confort psychologique est présent. Par contre, si on vit dans l’inconfort et que la question du sens est brûlante, peut-être s’agit-il d’un élan à laisser émerger une douce croyance en soi. Le travail de la personne consiste alors à lever ses freins cartésiens et à laisser la recherche d’harmonie et de douceur faire le reste. Des techniques humanistes, telles que le dénouement corporel, sont adaptées à la levée de nos freins inconscients.

On découvre alors que, si notre existence à une origine divine, c’est précisément au divin de lui donner un sens, pas à nous ! En toute logique, il incombe effectivement au divin de donner un sens à la vie qu’il a créé.
Je m’explique : c’est un peu comme un homme, appelons le Marc, qui prend sa voiture pour se rendre à Vesoul. En toute logique, s’il prend la route pour effectuer ce voyage, c’est à lui qu’il incombe de savoir pourquoi…pas à son rejeton de six ans assis sur la banquette arrière. Dans une logique similaire, si le divin a créé la vie, c’est à lui à savoir pourquoi. C’est à lui d’y donner du sens.

Ce que j’ai remarqué tout au long de ma vie, c’est que conférer une essence divine à l’existence, apporte un confort psychologique significatif. La question du sens, la responsabilité, est alors partagée entre le divin et moi. Nous nous partageons ce fardeau, qui soudainement n’en est plus un : l’existence de chaque être humain répond à une logique divine, et c’est à moi qu’il revient d’ajouter une direction propre, personnelle, à ce sens divin. Le divin donne du sens à la vie…et je peux ajouter une direction propre, qui m’est personnelle, à ce sens originel. Tout est alors plus doux. L’erreur devient acceptable…parce qu’on n’est plus seul(e).

Belle journée à toutes et tous,

Frédéric